Quelques réflexions concernant le système d’hébergement des sujets âgés et ses risques

La publication d’un ouvrage sur les comportements délictueux des responsables du groupe ORPEA a provoqué l’indignation du public et la mobilisation des instances officielles, mais on peut s’étonner que personne n’ait dénoncé auparavant les risques du modèle de développement adopté par ce groupe de maisons de retraite et par bien d’autres, pour assurer leur prospérité.

Ce modèle est simple à décrire et se signale par un double message, l’un adressé aux personnes en recherche d’un hébergement dans une maison de retraite, l’autre destiné aux investisseurs. Le groupe Médicharme créé en 2015 par Patrick Boulard, un juriste spécialisé dans l’immobilier et la construction, en est un bon exemple.

« Fort d’une culture médico-sociale acquise en œuvrant pour le compte d’acteurs de référence du monde des EHPAD pendant plus de vingt ans, Patrick Boulard, réalise en décembre 2015 l’acquisition-extension d’un premier EHPAD à Saint Pierre d’Oléron et décide de créer l’enseigne Medicharme, actuellement présidé par Mr Fabio ROFFI (médecin radiologue de profession).  L’équipe dirigeante est composée de Mr Patrick Boulard (Directeur Général), Mme Elisabeth Gasparoux (Directrice médico-social) et Mr François Deloire (Directeur Administratif et Financier). Issue du monde médical, l’équipe dirigeante de Medicharme bénéficie d’une solide expérience dans la gestion d’EHPAD (anciens de DomusVi, Orpéa, GDP Vendôme ou encore Clininvest). »                                  

La coexistence de deux types de messages

Voici un modèle de celui adressé aux personnes âgées et à leurs familles :

« Humaine par sa taille, grande par sa convivialité, l’EHPAD La Roseraie est une petite structure pouvant accueillir jusqu’à 39 personnes, valides ou invalides, souffrant de la maladie d’Alzheimer, ou dépendantes. Ici à Livry-Gargan, en plein cœur de la Seine-Saint-Denis, il fait toujours bon vivre. Le parc calme et ensoleillé est juste devant la résidence Medicharme. Et chaque chambre est climatisée l’été. En train, en voiture, en RER, ou en bus, il est très facile pour les amis et la famille de venir à Livry-Gargan le temps d’une visite ou même pour partager un repas. Nos résidents se sentent chez nous comme chez eux. Et leur entourage est toujours le bienvenu. »

Le message destiné aux investisseurs répond à d’autres préoccupations.                               

« Le groupe Medicharme ambitionne de compter rapidement parmi les plus importants gestionnaires d’EHPAD en France.Son modèle de développement est basé sur le rachat et la reprise d’établissements déjà en exploitation, la réhabilitation d’établissements existants avec remise aux normes ou encore l’extension d’établissements existants (création d’unités Alzheimer notamment). Medicharme a pour objectif d’ouvrir 2 à 3 établissements par an. En 2020, Medicharme devrait gérer entre 25 et 30 établissements (représentants 1800 à 2200 lits). Le chiffre d’affaires de Medicharme (près de 16 millions d’euros en 2017) devrait atteindre 28 millions d’euros en 2018.

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La mise en correspondance de ces deux messages indique clairement le dilemme auquel se trouvent confrontés les gestionnaires de ces groupes des maisons de retraite, l’équilibre à trouver entre la satisfaction des besoins des résidents et les attentes des actionnaires.

Une mise en évidence des risques de dérive du système

Mais ces images qui se veulent séduisantes ont été mises en cause par la révélation des problèmes de cet établissement.

« Ehpad fermé pour de graves dysfonctionnements à Livry-Gargan : des signalements répétés depuis huit mois. » a signalé Le Parisien du 8 mars 2022.                                  

« A Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), l’EHPAD La Roseraie  est encore en activité. Les résidents de cet Ehpad placé sous administration provisoire doivent être transférés avant le 31 mars. Leurs familles seront reçues cette semaine. Plusieurs signalements avaient été transmis aux autorités depuis huit mois. Le secrétariat d’Etat à l’Autonomie a annoncé ce même jour qu’un plan de contrôle des Ehpad en deux ans sera mis en place pour prévenir les « maltraitances » » et veiller à la « qualité de l’accompagnement ». 

Commentaire

En l’espace de quelques semaines nous sommes passés d’un aveuglément coupable par rapport aux risques de dysfonctionnement du système d’hébergement institutionnel des aînés à un climat de suspicion et au renforcement de la politique de contrôle des pratiques managériales de ses responsables. Espérant qu’elle mettra un terme aux dérives du système, les organismes de tutelle ont choisi cette option, en omettant de préciser que reste d’actualité le type d’accompagnement des plus âgés que l’on souhaite promouvoir, la part d’accompagnement qui incombe aux familles et l’aide qu’ils sont en droit de recevoir de l’Etat, l’impact de la transition démographique et sociale sur les comportements.

Rappelons à ce propos que chaque société, selon ses croyances et ses traditions culturelles, ses valeurs morales et les connaissances scientifiques auxquelles elle a accès, a une manière qui lui est propre de prendre soin et d’accompagner les dernières années de vie de ses aînés.

Au delà de  l’indignation provoquée par les dérives d’un système et des mesures prises pour y remédier, il est nécessaire d’interroger les attitudes et les pratiques de la société française, comment assume t’elle ses obligations à l’égard des anciens, la nature et l’importance des liens et des solidarités qu’elle souhaite maintenir entre les générations.

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