A propos de l’article : Quel âge je fais ?

Georges Arbuz,  décembre 2014

 A propos de l’article « Quel âge je fais ? », magazine Elle  du 17 octobre 2014,  p. 190 à 195  de Danièle Gerkens et Joy Pinto

 Positionné dans la rubrique Beauté du magazine Elle du 17 octobre 2014, cet article rappelle l’importance prise par le corps et son apparence. S’appuyant sur des auteurs reconnus, comme Sophie Cheval, Isabelle Queval,  Marc Augé, Elisabeth Azoulay,  il énonce des constats qui retiennent l’attention : « Nous sommes devenus  responsables de notre vieillissement… En 2014, on ne considère plus le corps comme un héritage figé, mais comme une matière que l’on peut modeler, voir complètement transformer », formule des recommandations : « Boire beaucoup d’eau, avoir une alimentation équilibrée, ne pas fumer, se protéger du soleil… Prendre soin de soi, ralentit les ravages du temps »  qui s’imposent à l’ensemble des membres de la société.

Observant que « Cette lutte contre les années, n’est ni une déviance ni une maladie mentale, mais un tourbillon dans lequel nous sommes tous embarqués » ses auteures, Danièle Gerkens et Joy Pinto, y voient le  résultat du culte voué par nos sociétés à la jeunesse, au détriment des autres âges de la vie. « De la publicité au cinéma, en passant par la mode, l’accent est mis sur la jeunesse, synonyme de dynamisme, d’énergie, d’envie, de séduction, de plaisir … Un cocktail attrayant face aux trop rares valeurs prêtées aux personnes mures dans une société de plus en plus dure à l’égard de ceux qui vieillissent. » Au-delà du constat des progrès réalisés en matière d’hygiène et de soin pris à son apparence, qui marquent une rupture par rapport aux époques antérieures, l’opposition faite par ces auteures entre les années de jeunesse et celles qui leur succèdent mérite d’être commentée.[1]

Sans nier l’importance que donnent la société et son économie à la jeunesse et à la beauté, à une époque de transition démographique et de révolution de l’âge de la vieillesse, considérer négativement les années ultérieures, voir le temps essentiellement comme un ennemi, comme une atteinte à l’image de soi, sont des attitudes à dénoncer. Le temps alloué à l’être humain est le creuset dans lequel il peut construire une vie. Le temps dont il dispose, n’est pas celui du monde physique, ni le temps cyclique de la nature, c’est un espace de temps nécessaire pour découvrir, apprendre et recevoir, rencontrer, et donner à son tour, tracer son chemin et transmettre. Plutôt que d’avoir peur de vieillir, c’est en acceptant d’avancer en âge qu’on peut l’apprivoiser, et incidemment éviter le ridicule, voire le trouble psychiatrique[2]. Une telle attitude demande autant de réflexion et d’effort que celle consistant à retarder les outrages du temps. Elle demande aussi de se décentrer de l’instant, d’accepter de vivre les liens et les relations dans la durée. L’être humain n’est pas que jouissance de l’instant, rêve d’éternité, d’éternel recommencement, il est aussi mémoire du passé et projet futur, lien entre les générations. Refuser le temps qui nous est offert, vivre dans la nostalgie de ce que l’on a été et la hantise de ce qu’on deviendra, c’est aller vers bien des déceptions.

[1] L’attrait pour la jeunesse, au détriment des années ultérieures et de leur issue finale, la vieillesse, perçue comme le temps des pertes et des infirmités, est un phénomène constaté tout au long des siècles, «Pour la pensée occidentale, la vieillesse est un mal, une infirmité, un âge triste qui prépare à la mort. Quelles qu’en soient les causes, la vieillesse est une réalité, redoutée par ceux qui ne l’ont pas atteinte et souvent mal vécue par les vieillards. » (Minois G. 1987 Histoire de la vieillesse en Occident,  De l’Antiquité à la Renaissance, Paris, Arthème Fayard  p. 407).

 

[2] Cf. Le rôle joué par Gloria Swanson dans le film de Billy Wilder Sunset Boulevard, (Boulevard du Crépuscule)

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