Recension de l’Avancée en âge au XXIe siècle

Françoise Galloo, Etudiante en Master 2 de Sociologie de l’Université de Lille 3, a rédigé la recension suivante de mon livre l’Avancée en âge au XXIe siècle.

 

Georges ARBUZ aborde la question de l’avancée en âge des sujets âgés de plus de 60 ans, nés entre 1930 et 1950. L’espérance de vie augmente sans cesse dans le monde. En France, vers 2060, un tiers de la population aura plus de 60 ans et pourra vivre jusqu’à un âge avancé avec un parcours de vie très différencié jusqu’à l’ultime étape de la mort. Ce constat initial sur l’espérance de vie amène l’auteur à concevoir le vieillissement individuel comme un processus dynamique pluriel tout au long de la vie et à considérer l’expérience du sujet vieillissant comme un savoir qui a toute sa place en gérontologie. Cette enquête anthropologique, menée en France, s’appuie en préalable sur les recherches d’E. Erickson, d’A.M. Guillemard et P. Ariès sur la vie, la retraite et la mort.

 

La première partie du livre présente les modalités de la recherche, la population étudiée et la deuxième partie livre ses résultats. L’auteur se propose d’explorer les évolutions du dernier tiers de la vie en interrogeant le savoir des personnes âgées d’abord dans des entretiens individuels réalisés à domicile et en institution en diverses régions du pays (193 seront analysés); ensuite, lors de « sessions de parcours de vie » organisées sur quelques journées, par groupes de 12 choisis parmi les personnes rencontrées, sessions menées par des animateurs-témoins, spécialement formés au recueil de la parole et des écrits des participants.

 

Tous les âges  doivent à faire face à des changements et des ruptures. Sujets acteurs de leur vie les aînés sont confrontés à des événements majeurs dont ils ont à dégager le sens : l’entrée en retraite, la relation à leurs parents âgés, la vie de couple et, dans la dernière phase du vieillissement, l’entrée en institution. Chacun de ces quatre thèmes-qui constituent autant de chapitres de l’étude- renvoie à trois dimensions : le social, l’intergénérationnel et le personnel.

 

Les entretiens abordent le cadre social et familial de l’enfance, les changements et innovations vécus dans la vie adulte puis le passage à la retraite. Ils ont montré un net contraste entre les différentes classes sociales  autour de l’image de la retraite et notamment sur les questions de ressources financières, les relations sociales et la culture. C’est pourquoi les entretiens ont donné une préférence aux souvenirs des classes les plus modestes qui n’ont guère pu accéder au lycée ni vraiment choisir leur métier. Ils ont mis en évidence : le mariage restait une étape importante, le travail occupait l’essentiel du temps des adultes et l’accent était mis sur les nécessaires économies à réaliser ! Cependant, dans les années 1950-1960, cette génération a connu l’amélioration des conditions de vie, les possibilités de promotion de la personne, la création d’emplois nouveaux, la modernisation des pratiques éducatives et la transformation de l’habitat. Les participants à l’étude se souviennent de l’émancipation enfin possible, de l’accès à un milieu social différent et, en final, d’un besoin de se réaliser pour tous les âges. De très nombreux extraits d’entretiens et de débats appuient cette description.

 

Un premier résultat montre l’apparition de nouvelles représentations et notions : société pour tous les âges, vieillissement actif, participation des retraités à la vie économique, sociale, culturelle et politique. Les entretiens puis, dans la foulée, les sessions « parcours de vie » ont permis d’étudier en profondeur le passage du statut d’actif à celui de retraité, l’organisation de la vie, les activités présentes et souhaitées et, enfin, la représentation du vieillissement pour soi et dans ses relations.

 

Les motifs de l’entrée en retraite sont divers : l’aspect financier est premier ; viennent ensuite la délivrance d’un métier difficile (mineurs, métallurgistes), les loisirs, la santé, la retraite progressive (agriculteurs). Cadres et professions libérales ont le souci de nouvelles activités, les salariés à revenus modestes sont préoccupés par l’aspect économique : en effet, les retraités issus des milieux populaires vivent dans une relative fragilité sociale. Enfin, la force des liens qui rattachaient les personnes à leur entreprise et à leur équipe de travail est bien soulignée.

 

-L’entrée en retraite, reste un évènement social : la personnalité sociale est en jeu et le « pot de départ » peut être vécu comme une épreuve accompagnée d’une accumulation de pertes. Les représentations de la retraite restent très ambivalentes et la retraite se résume souvent à un retrait de la vie sociale. Le sentiment de perte de repères joue également sur la possibilité de maintenir des liens sociaux et de construire de nouvelles perspectives. . Cependant, pour 60 % des personnes rencontrées, le passage à la retraite est bien vécu, assez différemment selon le type de métier, les responsabilités exercées et la vie en équipe de travail.

 

Ce passage à un nouveau statut implique de nouvelles manières d’être, différentes selon les expériences : pour les uns, entrée dans une zone de turbulences, passage à vide, lassitude, phase de doute sur soi, affaiblissement de l’image de soi … le tout en lien avec un réel manque de préparation ; pour d’autres, ce peut être aussi l’embarras face à une multiplicité de choix avec la nécessité de « réapprendre à vivre » et donner un nouveau sens à sa vie personnelle et sociale. Source de difficultés, ce passage conduit aussi à de nombreux engagements. Soit dans la continuité des compétences professionnelles, soit dans l’ouverture à de multiples activités : se donner de nouveaux intérêts, reprendre des études, réaliser des projets anciens.

 

-Le vieillissement dans la relation nouvelle à ses parents âgés constitue une épreuve et une découverte des aspects fondamentaux de la condition humaine. La famille reste le premier lieu de la découverte de la vieillesse et de la mort. Accompagner ses parents âgés apparaît comme une dette ou un devoir et les enfants retraités ne s’y soustraient pas. L’accompagnement devient très exigeant lorsque le vieillissement est cognitif et les situations sont variées : maintien à domicile, hospitalisation nécessaire, placement des parents en institution. Pour ces retraités, aidants naturels, cette diversité montre l’importance des liens tissés tout au long de la vie. La faiblesse de ces liens dans le passé peut induire des relations parfois difficiles quand le dialogue souhaité n’a pas pu s’établir dans l’accompagnement. Les témoignages nombreux montrent la nécessité de se préparer à l’accompagnement et d’y trouver sens.

 

-La vie de couple, le vieillir ensemble existe après la retraite et permet, en cas de difficulté, de compenser les déficiences de l’un par les capacités de l’autre… La maladie ou l’entrée en hôpital mobilise la force du lien existant entre les époux. C est une épreuve à laquelle ils peuvent faire face à deux, quand il ne s’agit pas d’une pathologie des fonctions mentales qui met à l’épreuve la force de l’attachement entre les époux. Cette difficulté du vieillissement cognitif a induit l’étude approfondie de plusieurs cas très largement relatés dans le livre ; ils ont montré combien le conjoint aidant peut mettre sa propre vie entre parenthèses avec une question cruciale : « combien de temps on va tenir ? ». Accompagner l’aidant exige d’être attentif à l’équilibre fragile du couple patient-aidant. Groupes de parole et accueil de jour présentent un intérêt évident. Et quand vient le décès, quelles que soient les circonstances, la séparation et la fin de vie du survivant, restent difficiles à assumer.

  

-L’avancée en âge, face à face avec son propre vieillissement, peut conduire à la solitude et à l’isolement pour les personnes qui vivent seules en cas de célibat, de divorce, de veuvage ou d’absence d’enfants et de famille proche. Il leur est parfois difficile d’échapper à des formes extrêmes de solitude. Quant à l’entrée en EHPAD, lorsqu’elle résulte d’une hospitalisation, elle est toujours vécue comme une contrainte.

Pour la majorité des sujets âgés, vieillir chez soi donne le sentiment de conserver la maitrise de sa vie, de son identité et des liens tissés sur le lieu de résidence. Déménager en hébergement collectif reste une décision toujours difficile à prendre. La fatigue, la solitude, un état de santé fragile, l’insécurité liée à l’isolement, le refus d’être à charge de son entourage proche, sont autant d’arguments pris en compte. Les résidences seniors, les maisons de retraite peuvent alors apparaître comme une libération de charges et contraintes et un maintien de son autonomie. En ce cas, décider de changer d’habitation devient une épreuve réussie et apparait comme une transition vers une nouvelle phase de l’existence.

 

En conclusion, le vieillissement après 60 ans au XXIe siècle s’accompagne d’une succession de changements et de ruptures, épreuves dont nul ne sort indemne, ce qui justifie compassion et soutien. Ni inactif, ni obsolète qui coûte cher, le retraité reste participant actif à la vie citoyenne et sociale. Le vieillissement apparaît désormais comme une phase nouvelle de maturation qui fait de chacun l’auteur de son existence, en quête d’un nouveau sens. Les événements vécus au long de cette phase amènent à une prise de conscience de la temporalité humaine. La vieillesse concerne ainsi la société dans son ensemble. Elle devient dorénavant objet de recherche qui appelle définitions, implications sociales, médicales, économiques ; elle prend une dimension anthropologique et constitue une aventure individuelle et collective, une source de savoir au-delà de la prise en compte des besoins. Il s’agit désormais, par une réflexion collective, en lien étroit avec les aînés, d’ouvrir à tous les âges de nouvelles perspectives et de préciser le rôle et la place de chacun dans la société.

Françoise GALLOO : Lille 3 : Sociologie des âges, de la santé et des vulnérabilités (SASV)

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